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Des machines au service du peuple
Familistère de Guise 7 octobre 2017 - 24 juin 2018

L’utopie du Familistère est industrielle. Son économie repose sur les fonderies et manufactures de poêles et de cuisinières installées à Guise et à Bruxelles, bien sûr. Mais surtout, Godin a la conviction que le progrès technologique est la promesse d’une transformation sociale radicale comme il a été la cause d’une révolution industrielle. Le chemin de fer est une représentation de la réforme de la société capitaliste : ne transporte-t-il pas le bourgeois et l’ouvrier à la même vitesse ?
« La puissance des machines mise au service des associations productives créera le bien-être et l’aisance au profit des masses laborieuses », écrit Godin le 2 juin 1886 au coopérateur anglais Edward Vansittart Neale.
Davantage encore que certains fouriéristes comme le polytechnicien Victor Considerant ou l’ingénieur François Cantagrel, qui équipent le phalanstère en pensée, l’ancien ouvrier a l’idée que les machines sont d’intérêt social. Dans un monde où le capital est gouverné par le travail, la machine n’asservit pas le travailleur car dans la doctrine sociétaire, travailleurs et capitalistes en sont collectivement propriétaires ; la machine développe la capacité productive de leur association et crée une société d’abondance dont tous jouissent. Appliquée aux services domestiques, la machine rend possible l’habitation unitaire, première condition de la réforme de la société. L’habitation elle-même est une machine produisant de l’unité sociale. Si Fourier se considère comme le Newton de la science sociale, Godin se compare à l’ingénieur américain Robert Fulton, qui mit au point un bateau à vapeur en 1803 à l’avenir duquel le gouvernement français ne crut pas (conférence de Godin du 5 avril 1878).